Un extrait d'un article de F Dubet paru dans le CRAP
"Quitter les discours incantatoires
Les enseignants demandent en permanence que l’on mette plus de charbon dans la machine. Leur refus de la démocratie scolaire leur fait demander plus de sélection pour retrouver les classes disponibles qu’ils avaient (peut-être) du temps où la scolarité s’arrêtait au primaire, sauf pour une petite frange aisée de la population.En même temps, le libéralisme est la règle. Les écoles ne se valent pas, les professeurs ne se valent pas, les diplômes ne se valent pas. La compétition scolaire fait rage et surtout elle se fait dans l’abandon complet des vaincus. Les enseignants croient créer les conditions d’une compétition juste et dans cette compétition juste, chacun reçoit la mesure de sa valeur, On ne doit rien aux vaincus. Paradoxalement, l’idéal républicain aboutit à cette pratique ultra-libérale et à sa justification dans le discours. Beaucoup d’hypocrisie donc dans l’école de la soi-disant "égalité des chances".
En réalité, derrière l’égalité formelle, les différences de niveau des établissements sont connus et perçus par les élèves et les familles et constituent un découragement manifeste. Pourquoi se fatiguer pour un diplôme professionnel de troisième zone auquel personne ne croit et qui ne rapportera rien nulle part ?
Il en ressort que les élèves demandent à l’école « qu’elle leur fiche la paix ». On est dans une liberté négative : l’enseignant veut pouvoir faire ce qu’il veut en classe (avec des élèves comme inertes). Pour beaucoup d’élèves, également, on veut aussi cette liberté, en échange d’une succession d’actes formels (être présent, faire ses devoirs...) Dans les sondages, les élèves affirment aimer le collège, le lycée, parce qu’ils ont leurs copains. Les profs, évidemment...
L’échec de l’ancienne représentation de l’école, la demande de son maintien qui n’a aucune chance de réussir, amène un discours incantatoire et la faillite de la pensée sur l’école.
Une école qui ne tire plus sa légitimité de grands principes sacrés doit la trouver dans l’idée de justice scolaire. Elle doit restituer un peu d’égalité dans un monde où il est impossible d’être concrètement tous égaux. Elle doit assurer le minimum au dernier de la classe. Une des questions clé serait : que fait-on des vaincus ? [...]
[...] Où trouver l’énergie ? Je ne sais pas, mais je crois que nous sommes dans une période difficile, où il y à reconstruire une pensée sur la société et sur l’école. Pour cela, il faut développer des clubs, des cercles de réflexion. Et vous êtes là pour ça : fabriquer des idées, pour que les politiques s’en saisissent."
http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=3237

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